Salakovi n’est pas un simple point sur une carte. Ce nom évoque un paysage brut, façonné par la glace et le temps, niché dans les massifs montagneux des Balkans. À quelques kilomètres de Skopje, ce territoire encore confidentiel attire désormais les passionnés de nature sauvage, de randonnées immersives et de lacs glaciaires d’une beauté saisissante. Plus qu’une destination, Salakovi s’impose comme un véritable laboratoire de tourisme durable, entre tradition pastorale et écotourisme moderne.
Un joyau méconnu au cœur de la Macédoine du Nord
Des lacs glaciaires parmi les plus impressionnants des Balkans
Les lacs de Salakovi, souvent appelés à tort « Ray Ban Lakes » en raison de leur forme singulière rappelant une paire de lunettes vue du ciel, sont issus de la dernière période glaciaire. Enclavés dans le massif de Jakupica, ils culminent à plus de 2200 mètres d’altitude. L’eau y est cristalline, froide toute l’année, alimentée par la fonte lente des névés. Ce cadre grandiose attire les regards, mais reste peu fréquenté, ce qui lui confère une authenticité rare.
Contrairement à d’autres spots touristiques surfréquentés, Salakovi séduit par son silence, ses paysages intacts et son accessibilité relative : une boucle de 24 km permet d’y accéder depuis le village de Crn Vrv, avec un dénivelé positif modéré mais constant. Les plus sportifs prolongeront jusqu’au sommet de Pepeljak (2 353 m), d’où la vue s’ouvre sur l’ensemble du massif.
Une nature brute, façonnée par l’altitude et l’isolement
Les plateaux et forêts de conifères qui entourent les lacs forment un biotope unique. On y croise des espèces typiques des zones alpines : lynx des Balkans, renards, aigles royaux, mais aussi une flore endémique. Le sol calcaire, très présent, donne à l’eau sa teinte turquoise qui fascine les visiteurs. Les vents secs et la neige prolongée sculptent les arbustes en formes étranges, accentuant l’atmosphère de bout du monde.
Dans certaines zones, la présence de troupeaux de moutons rappelle que ces terres sont encore habitées et travaillées. Loin d’être un frein, cet usage pastoral participe à l’équilibre du territoire, à condition que la cohabitation entre tourisme et tradition soit pensée intelligemment.
Une randonnée d’altitude entre défi physique et immersion sensorielle
Un itinéraire en boucle aux paysages contrastés
L’itinéraire le plus courant débute au village de Crn Vrv. Accessible en voiture (la route est praticable mais étroite et par endroits endommagée), ce point de départ donne accès à deux variantes : une montée par les crêtes, offrant un panorama spectaculaire dès les premiers kilomètres, et une alternative forestière longeant une rivière, plus fraîche et ombragée. La boucle complète, via Gorni Pepeljak, totalise près de 15 miles, soit environ 24 km, avec un temps de marche estimé entre 6 et 10 heures selon les conditions et la forme des randonneurs.
Le sentier est peu balisé en altitude mais reste lisible. Plusieurs points d’eau naturels sont présents, identifiés par des fontaines ou sources visibles, ce qui permet une randonnée en autonomie relative. Il est cependant essentiel de rester vigilant : certains marcheurs ont signalé des rencontres tendues avec des chiens de troupeau, particulièrement protecteurs. L’usage de bâtons de marche et la prudence sont donc recommandés.
Salakovi : une expérience multisensorielle
Chaque segment du sentier raconte une histoire. On passe de chemins pierreux à des prairies alpines, de zones boisées aux rives glaciaires balayées par le vent. Le silence est absolu, brisé parfois par le tintement des clochettes des chèvres ou le cri d’un rapace. L’expérience à Salakovi est aussi olfactive : l’odeur des pins chauffés par le soleil, de la roche humide ou des plantes médicinales sauvages (achillée, serpolet) accompagne la marche.
L’arrivée au lac est toujours un moment suspendu. Le plan d’eau, parfaitement immobile, reflète les cimes alentour. C’est ici que le randonneur comprend l’intérêt d’un site encore préservé de l’hyper-tourisme. Il n’y a pas de buvette, pas d’installation. Seulement un banc de pierre, un silence minéral et une nature indifférente à notre présence.
Entre tourisme durable et fragilité écologique
Une fréquentation croissante qui interroge
Depuis quelques années, le nom de Salakovi circule dans les cercles de randonneurs avertis. Partagé sur les plateformes comme Wikiloc ou Komoot, il séduit par son authenticité. Cette notoriété émergente soulève une question centrale : comment accueillir davantage de visiteurs sans dénaturer l’expérience ? Les balises sont rares, les refuges inexistants, les sentiers parfois impraticables en cas de pluie. Cette rusticité, si elle participe à l’attrait du lieu, pourrait devenir un piège en cas de surfréquentation.
Des initiatives locales émergent : nettoyage participatif, guides bénévoles, campagnes de sensibilisation à la faune locale. Mais l’absence de structures officielles laisse planer une incertitude. La mise en place d’un plan de gestion durable, à l’image du Parc National de Mavrovo, est évoquée par plusieurs ONG locales.
Les bons réflexes pour une visite responsable
Explorer Salakovi implique une préparation sérieuse. Voici quelques conseils essentiels :
- Préparez votre trace GPS avant le départ, surtout pour les segments peu balisés.
- Emportez un filtre à eau ou des pastilles purifiantes : les sources sont nombreuses, mais pas toujours potables sans traitement.
- Restez sur les sentiers pour éviter l’érosion des sols et la perturbation de la faune.
- Respectez les distances avec les troupeaux et n’affrontez jamais les chiens de garde : reculez lentement si vous êtes approché.
- Repartez avec vos déchets : aucune infrastructure ne permet de les gérer sur place.
Adopter ces gestes simples, c’est préserver un site dont la magie repose justement sur son isolement, sa pureté et son intégrité écologique.
Salakovi : un terrain d’exploration pour les amateurs de sensations vraies
À une époque où les destinations spectaculaires sont devenues des décors Instagram surpeuplés, Salakovi tranche par sa discrétion. Il n’est pas certain qu’il faille le recommander à tous. Ce site s’adresse aux marcheurs aguerris, aux amoureux de nature brute, à ceux qui préfèrent les sentiers aux selfies. Son accès difficile, ses chiens de berger imprévisibles, son absence de signalétique ne sont pas des défauts, mais les garants d’un tourisme à taille humaine, encore à construire.
Il ne tient qu’à nous, visiteurs, de faire en sorte que Salakovi reste ce qu’il est : un sanctuaire naturel hors des sentiers battus, un espace de liberté pour le corps et l’esprit, une terre d’altitude qui ne se livre qu’à ceux qui la respectent.




