Voyager en Afghanistan est une entreprise périlleuse. Pour les femmes, c’est une réalité d’autant plus complexe qu’elle se heurte à une série inédite de restrictions imposées depuis août 2021. Si l’idée même de tourisme en Afghanistan est aujourd’hui déconseillée par la majorité des chancelleries, la question du tourisme en Afghanistan pour les femmes soulève de profondes interrogations : est-ce seulement envisageable, et à quel prix ?
Un pays sous contrôle : restrictions, surveillance et isolement extrême
Depuis le retour au pouvoir des talibans, la société afghane est profondément verrouillée. Les plus fortes limitations concernent les femmes : elles sont désormais interdites d’universités, de nombreux lieux publics dont le parc national emblématique de Band-e-Amir et ne peuvent se déplacer sans un homme membre de leur famille (mahram). Toute femme étrangère qui envisagerait un séjour touristique se retrouverait de facto soumise à ces restrictions, au risque de contrevenir aux normes locales imposées de manière arbitraire.
Les autorités de facto, méfiantes à l’égard des étrangers, surveillent étroitement les déplacements, particulièrement ceux des femmes non accompagnées. Les risques incluent non seulement des arrestations arbitraires, mais aussi des tentatives d’intimidation, voire d’enlèvement. Les femmes suspectées de « comportements non conformes » ou de « propagande occidentale » sont prises pour cibles. En l’absence d’ambassades fonctionnelles ou de soutien consulaire efficace, l’isolement est total.
Un voyage risqué et logistique quasi-impossible
Sur le plan logistique, entrer en Afghanistan est déjà un parcours semé d’embûches. Les vols commerciaux sont aléatoires, les frontières terrestres très sensibles, et les visas touristiques délivrés au compte-gouttes. Pour les femmes, s’ajoute la nécessité d’un accompagnateur masculin pour être simplement admises dans certains transports ou hébergements.
Même les zones historiquement jugées sécurisées, telles que Kaboul ou la vallée du Panjshir, sont aujourd’hui déconseillées. Des faux barrages routiers surgissent régulièrement, notamment dans les régions frontalières, exposant les rares voyageurs à des extorsions, voire à des menaces directes. L’état des routes est alarmant, et les accidents sont fréquents en raison de l’absence de signalisation et de régulation routière. En somme, le cadre infrastructurel ne permet aucun projet touristique réaliste.
Femmes et voyage : une précarité systémique
Contrairement à d’autres contextes de crise où le tourisme peut devenir un levier de résilience économique ou sociale, le cas de l’Afghanistan est unique par l’ampleur des interdictions visant les femmes. Il ne s’agit pas seulement de préférence culturelle ou de danger objectif : les femmes sont structurellement effacées de la sphère publique. Entre 2021 et 2025, plus de 50 décrets restrictifs ont été émis à leur encontre, interdisant la mobilité autonome, les loisirs, l’accès à l’emploi et à l’espace public.
Des témoignages de journalistes ou de militants ayant voyagé clandestinement dans le pays révèlent des scènes de villes fantômes, traversées par des femmes habillées de noir intégral, silencieuses et invisibles. Dans ces conditions, une voyageuse étrangère se distingue immédiatement, au risque d’attiser la suspicion. Ce climat délétère augmente les risques d’agressions sexuelles, de détention arbitraire ou de violences physiques, sans possibilité de recours.
Existe-t-il une forme de tourism féminin « caché » en Afghanistan ?
Quelques rares femmes journalistes ou humanitaires, souvent afghanes ou d’origine afghane, continuent de se rendre dans le pays, en gardant le plus grand secret. Filmées à l’aide de téléphones, dissimulées sous des burqas empruntées, elles documentent une réalité que les talibans préféreraient cacher. Dans ce cadre, parler de tourisme est abusif — il s’agit plutôt d’opérations périlleuses assimilables à des actions de résistance.
Aucun itinéraire n’est officiellement accessible aux femmes non accompagnées. Même accompagnées, les conditions de déplacement restent extrêmement contraignantes. Des femmes ayant réussi à s’introduire dans le pays rapportent un quotidien de peur, d’isolement, et une surveillance omniprésente. L’hospitalité traditionnelle afghane longtemps réputée chaleureuse est aujourd’hui muselée par la méfiance généralisée et la crainte des représailles.
Le tourisme peut-il redevenir un espoir pour les Afghanes ?
Dans un avenir proche, tout laisse penser que le tourisme, et a fortiori le tourisme féminin en Afghanistan, restera impossible. Le cadre législatif patriarcal se durcit. Aucune mesure d’ouverture culturelle ou d’assouplissement sécuritaire ne semble envisagée. Même les rares ONG encore actives sur place dénoncent une dégradation continue de la situation.
Cependant, certaines voix féminines afghanes refusent le silence. Depuis l’étranger, des militantes multiplient les publications, conférences et initiatives visant à tenir éveillée la conscience internationale. Si le tourisme féministe en Afghanistan est inenvisageable aujourd’hui, l’engagement solidaire à travers les récits, soutiens financiers et actions symboliques peut contribuer à bâtir les fondations d’un jour nouveau. Il ne s’agit plus de voyager pour contempler, mais de s’informer pour transformer.
Visiter l’Afghanistan en tant que femme est aujourd’hui irréalisable sur les plans sécuritaire, juridique et logistique. Mais derrière l’impossibilité, demeure une responsabilité collective : celle d’écouter, de soutenir, et de ne pas oublier.
FAQ
Les femmes peuvent-elles obtenir un visa touristique pour l’Afghanistan ?
Théoriquement oui, mais en pratique, très peu sont délivrés. Les femmes doivent souvent justifier d’un mahram, c’est-à-dire d’un tuteur masculin pour être acceptées. Sans ce prérequis, les chances d’obtention sont quasi nulles.
Peut-on visiter l’Afghanistan en tant que femme accompagnée ?
Même accompagnée, une femme étrangère reste soumise aux restrictions locales. Elle pourra se déplacer discrètement sous certaines conditions, mais reste exposée à un risque élevé de harcèlement, voire d’enlèvement ou d’arrestation.
L’Afghanistan est-il ouvert au tourisme tout court ?
Officiellement, le pays n’est pas fermé aux touristes. Cependant, les ambassades occidentales étant pour la plupart fermées, les services consulaires quasi inexistants, et la sécurité très instable, tout séjour est fortement déconseillé par les autorités étrangères.
Existe-t-il des circuits touristiques sécurisés pour femmes ?
Non. En 2025, aucun acteur reconnu ne propose de circuits touristiques destinés aux femmes en Afghanistan. Les voyageurs courageux qui y vont le font souvent clandestinement et à leurs risques et périls.
Y a-t-il un espoir d’ouverture future pour les femmes voyageuses ?
À court terme, peu de signaux indiquent une amélioration. Toutefois, la pression internationale croissante et la résistance locale maintiennent ouverte l’idée d’un changement à long terme.




